Les gens les plus importants

  • Publié le 7 déc. 2023 (Mis à jour le 12 avr. 2025)
  • Lecture : 3 minutes
Médialo


1995. À l’intérieur d’une cabane à sucre avoisinant Mont-Laurier, je suis attablé aux côtés d’une légende alors vivante : Michel Chartrand. Son 26 onces de vodka finlandaise entre nous deux – il n’a jamais daigné m’en offrir une sacrée goutte! – fond à la vitesse de l’éclair.

Possiblement galvanisé par les bons soins de l’éthylisme, le monument me débite de son style caricatural maintes histoires abracadabrantes passant, en filigrane, de l’anecdote personnelle aux réflexions plus philo-politiques. Une fois la bouteille complétée, l’heure de la mise en scène a sonné : emprisonné dans une fausse cage, Chartrand réplique – avec le panache qu’on imagine – à mes accusations, moi étant déguisé en faux avocat de la Couronne souhaitant le faire condamner pour comportement subversif.

-Ta yeule, Banane ! Hiiiiiiii !! Tu me fais pas peur, Banane ! Hiiiiiii! J’en ai maté des plus gros que toué, Banane ! Hiiiiiiiiii!

J’en ai, du haut de mes 18 ans, plein la gueule. La chance d’une vie!

Organisée par un syndicat de profs, la soirée est fantastique. S’emparant une dernière fois du micro, l’anti-duplessiste se lance enfin dans une tirade dithyrambique en faveur de nos enseignants :

-Vous êtes, et ne laissez jamais personne semer un doute là-dessus, les personnes les plus importantes de notre société !

La conclusion péremptoire me semblait, alors, un peu charriée. Plus importants que nos élus, les profs? Que nos médecins, avocats, artistes et autres scientifiques? Ne pas avoir la soirée à entendre la justesse des propos de l’intello-militant, j’aurais cru, de sa part, à une simple flatterie bien avisée de fin de soirée. Mais non. Il y croyait, à son ordonnance. Et celle-ci m’a fait réfléchir depuis.

Et vous savez quoi? Il avait tout juste, le Chartrand. Dans le mille. Parce que si les autres professions ou fonctions citées comportent également, il va de soi, leur part d’importance, l’accès à celles-ci se veut impossible sans, d’abord, une éducation de qualité aux premières lignes. De la maternelle au Cégep, en passant par le primaire et secondaire, sans exception.

Vous cherchez sur la map une société riche, équitable et juste? Suffit de jeter un oeil son système d’éducation. L’adéquation y est parfaite: plus un régime politique investit dans ledit système, plus les conséquences sont positives. Et l’inverse, bien entendu, est aussi vrai. Vous me voyez venir, n’est-ce pas?

Quelle est la dernière fois où l’éducation a, véritablement, fait l’objet d’une discussion nationale, ici au Québec? Combien d’écoles montréalaises en ruine, aux prises avec des pourritures et champignons? Combien de classes surchargées? De profs en burn-out et quittant la profession, marre de voir celle-ci considérée au bas de l’échelle de nos priorités collectives? Combien d’orthopédagogues et autres ressources névralgiques insuffisantes ou manquantes? Combien profs enrôlés afin de remplir diverses tâches non connexes, telles de jouer les brigadiers d’occasion?

François Legault nous dit, depuis le début de ses mandats, que l’éducation est sa priorité. Une sacrée chance. Parce que dans le cas contraire, on en serait où? Quelqu’un au Québec capable de mentionner UNE SEULE réalisation de ce gouvernement, en matière éducative ? Pas moi. Sauf peut-être ceci : nommer Bernard Drainville au ministère en charge, lui qui insulte les profs depuis, notamment lors de son entrevue au Devoir : « T’es pas en train de comparer un député à un prof, toujours? ». Le même qui, à la rentrée de l’automne, se fixait l’ambitieux objectif d’avoir « un adulte par classe ». On ne rit plus.

Alors quand François Legault, toujours fort de chantage émotif, implore les profs – de son ton de père de famille fâché – de « cesser la grève pour ne plus faire de mal à nos enfants », on serait tentés de lui répliquer ceci : ce qui leur fait du mal, idem pour l’ensemble de la société québécoise, n’est pas la grève, mais bien les causes de celles-ci.

Merci, Chartrand.

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