Les défis d’une microferme

  • Publié le 4 mai 2026 (Mis à jour le 4 mai 2026)
  • Lecture : 4 minutes
Photo: Médialo - Patrice Francoeur
Photo: Médialo – Patrice Francoeur

Pierre-Olivier Douesnard et Epp Järv se sont rencontrés alors qu’ils séjournaient en Colombie-Britannique pour y travailler. Ils ont depuis installé leurs pénates à Amherst pour y établir les Jardins du fin renard.

« On a 6 acres de terrain, mais je suis limité à 0,6 hectare d’espace cultivable, » souligne le producteur maraicher. C’est ce qu’on appelle une microferme et les défis sont nombreux pour atteindre productivité et rentabilité. La seule façon dont je peux augmenter mon chiffre d’affaires, c’est en optimisant la productivité, en faisant le choix de cultiver ce qui est le mieux adapté, donc le plus performant », souligne le jeune fermier et père de famille.

Rejoindre la clientèle

Leur modèle d’affaires ne peut se limiter à la distribution de paniers de légumes pendant la saison estivale.

« On est dans un creux. Ici, dans la région, les communautés ne sont pas tant encore emballées par l’offre de produits bios locaux », déplore-t-il.

Il faut faire preuve de débrouillardise et se déplacer dans certains marchés d’été afin de faire découvrir leurs produits aux consommateurs. Parmi la vingtaine de légumes produits, on trouve des tomates, des concombres libanais, des haricots grimpants, des poivrons, du gingembre… « J’arrive avec ma van remplie de légumes, en repartant, elle est vide. Ça nous permet de rester en vie. »

Prendre les devants

Il faut aussi parfois tenter de défoncer des portes comme aller à la rencontre des restaurateurs de la région et tenter de les convaincre d’ajouter des légumes produits localement dans leurs assiettes. « Je me suis levé un matin et je me suis rendu à Saint-Jovite pour cogner à la porte de cinq ou six restaurateurs que j’avais préalablement ciblés. À part sEb l’artisan culinaire, disons que je suis revenu bredouille, c’est décevant », ajoute-t-il.

Le sol

Pierre-Olivier explique qu’avant l’acquisition de ses terres, on y trouvait jadis une ferme. « On a des installations qui sont plus ou moins désuètes, il faut les reconditionner. Il y a des choses qui ont été mal installées et qui nous coûtent plusieurs milliers de dollars à refaire. »

Ces travaux ne pouvaient se faire sans l’embauche d’employés. « On a engagé un gars et une fille à temps plein qui avaient tous deux déjà de l’expérience. La fille est venue avec sa fille âgée de deux ans, elles se sont installées dans une petite remorque, le gars quant à lui, a établi ses pénates dans le garage. À cela, on ajoute un chien devenu sourd. » Ça fait du monde à la ferme. C’est sans mentionner Théo, le fils de Pierre-Olivier et Epp, alors âgé d’à peine un an.

La première année a été plutôt difficile. « On essayait d’avancer les travaux puis d’attirer la mise en marché en même temps afin de vendre ce qu’on produisait. On a perdu des légumes. J’en ai donné à la banque alimentaire et j’en ai mis au compost. »

Pris avec une gigantesque quantité de concombre, il se rappelle avoir contacté quelques fruiteries pour leur offrir, mais c’est rester lettre morte.

Le dur labeur

« Ici, c’est un ancien sol forestier. » Pierre-Olivier explique qu’à son arrivée, il a tenté d’y planter une fourche…

« Ça rentrait d’un pouce et demi. C’était vraiment dur. Je n’avais pas de tracteur, je n’avais pas de machinerie, pas de voisin pour m’aider. J’étais obligé de tout m’équiper, ça a été un gros coup financier », se remémore-t-il.

Malgré ces contraintes, le couple de producteurs maraicher arrive, bon an, mal an à cultiver des quantités de légumes dans leurs serres et dans leur champ.

« Je dois cependant avouer que mon modèle, ça a vraiment été d’essayer d’être le plus diversifié possible, mais en utilisant ces serres-là, j’ai vite compris que si je voulais être rentable, il fallait que ces serres-là puissent me permettre de faire les légumes qui sont les plus payants, c’est-à-dire la tomate, le concombre, notamment. »

Des projets

Pierre-Olivier et Epp souhaitent éventuellement développer un peu plus le volet agrotouristique. Peut-être sous la forme d’une mini-boutique pour offrir des produits transformés ou ceux d’autres producteurs locaux. Ce qui les enchante encore plus serait d’accueillir des visiteurs dans la ferme, des jeunes en particulier.

« Des groupes de 0 à 5 ans, d’autres de 5 à 12 ans. Je pense qu’ils sont un peu plus curieux que la génération qui les précède en matière de production biodynamique. »

L’agriculture biodynamique est un mode d’agriculture qui préserve et stimule les sols de manière naturelle.

Il poursuit en expliquant que le type d’agriculture pratiquée sur ses terres n’utilise pas de machinerie lourde. « Mon tracteur, il est là pour entretenir mon chemin, transporter du matériel, déplacer des piles de compost. »

Il précise qu’étant éloignées de toutes autres terres agricoles, ces terres ne sont pas menacées par la contamination de pesticides d’un producteur voisin. « On est vraiment isolé », ajoute-t-il.

Parmi les bienfaits d’un tel type d’agriculture, il y a le goût… « À ce jour, on a eu de très bons commentaires. C’est pour ça que j’ai continué à travailler avec cette approche-là, perturber minimalement les sols, rebâtir, mais avec des cultures, pas avec des fertilisants et des pesticides. C’est quasiment bio, mais sans la certification. La seule différence, c’est qu’avec la certification, tu n’as pas le droit de faire toi-même tes engrais. Il faut que ce soit des engrais qui sont achetés. Moi, je fais mes propres purins », conclut-il.

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