Coup de chaleur pour nos lacs

  • Publié le 29 août 2025 (Mis à jour le 29 août 2025)
  • Lecture : 4 minutes
Photo Dominic Tremblay
Photo Dominic Tremblay

Vous n’avez pas été seuls à souffrir de la chaleur cet été, les lacs des Laurentides aussi ont eu chaud et ce n’est pas une bonne nouvelle pour leur santé, préviennent des chercheurs.

Une étude menée par des chercheurs québécois qui vient d’être publiée mène à un constat peu réjouissant : les lacs ont chaud. Et quelles sont les conséquences de ce coup de chaleur? Une augmentation de la quantité d’algues dans nos plans d’eau. L’info en a parlé avec deux des principaux chercheurs de cette étude, Yannick Huot et Hamid Ghanbari.

Les deux chercheurs expliquent que dans le cadre de cette étude, ils ont analysé des carottes de sédiments prélevées au fond de 80 lacs à travers le Canada. Ces carottes permettent d’examiner l’histoire des lacs depuis les années 1800.

Chaque couche de sédiments contient des indices sur l’état du lac à différentes époques. Ils ont utilisé différents instruments, notamment un scanner de haute technologie pour mesurer les pigments des algues, en particulier la chlorophylle. Cette approche leur a permis de mesurer l’évolution des algues présentes dans les lacs au fil du temps. Ils ont comparé les concentrations d’algues aux relevés historiques de la température de l’air, de l’ensoleillement et des activités humaines à proximité des lacs afin de déterminer les causes possibles de ces changements.

Ils ont ensuite utilisé une modélisation statistique complexe et l’intelligence artificielle pour trouver des modèles et d’importantes interactions que les méthodes précédentes n’auraient pu observer. Tout ça pour tenter de comprendre comment la qualité de l’eau des lacs canadiens avait évolué au cours des 150 dernières années et quels étaient les facteurs à l’origine de ces changements.

Rappelons que les cyanobactéries ou algues bleu-vert peuvent affecter la baignade, la présence des poissons et même rendre l’eau impropre à la consommation.

Fait étonnant, les chercheurs ont pu constater que la multiplication d’algues a aussi été observée pour les lacs en régions éloignées, exempté de toute activité humaine. Comme nous l’explique Hamid Ghanbari. « Les lacs éloignés de toute source évidente d’activité humaine ont connu une tendance à l’augmentation de la production d’algues. Cependant, les régions où les activités humaines dans les bassins versants des lacs sont plus intenses – telles que l’agriculture, l’urbanisation ou la perturbation des terres – ont souvent montré des augmentations plus marquées. Ces activités peuvent introduire davantage de nutriments dans les lacs, ce qui, combiné au réchauffement climatique, crée des conditions idéales pour une croissance accrue des algues. »

Constat

Au cours des 150 dernières années, l’étude démontre que les concentrations d’algues ont augmenté dans la plupart des lacs canadiens, mais alors que l’augmentation était lente ou négligeable au début de cette période, depuis les années 1960, l’augmentation des concentrations d’algues s’est accélérée de façon spectaculaire, augmentant à un rythme sept fois plus rapide qu’auparavant. Les recherches indiquent clairement que les changements climatiques sont le principal facteur de l’abondance des algues. Avec le réchauffement climatique, les lacs se réchauffent également, ce qui crée des conditions idéales pour la croissance des algues.

Moins de glace

Bien que les changements climatiques semblent être l’élément clef, les chercheurs affirment ne pas détenir encore la réponse finale sur la façon dont ceux-ci influencent l’augmentation de la production d’algues. Cependant, tout pourrait s’expliquer par la diminution de la période où les lacs sont couverts de glace. Selon eux, parce qu’il fait plus chaud, la période où les lacs sont recouverts de glace a fortement diminué. Ce qui donne aux algues plus de temps pour croître. Ils insistent pour dire que cela demeure une hypothèse, mais qu’elle semble être l’explication la plus logique.

Autres effets

Outre la prolifération des algues, les chercheurs ont aussi noté d’autres conséquences des changements climatiques sur les lacs. Les précipitations de pluie plus importantes, abondantes et soudaines, seraient aussi pointées du doigt. Ces dernières créent plus d’érosion et de ruissellement.

À la fonte des glaces, une hausse de la température ambiante a été observée ayant pour effet de nuire au brassage des lacs et ainsi limiter l’apport d’oxygène, ce qui est une nuisance pour la faune aquatique.

Mais en quoi consiste ce brassage?

En effet, le brassage printanier survient lorsque la température et la densité de l’eau de surface du lac atteignent celle de la couche inférieure, soit 4 degrés Celsius. Il suffit qu’il vente légèrement pour que l’eau du lac puisse ainsi se mélanger.

Cela permet à l’eau du lac de se recharger en oxygène. Après ce brassage printanier, l’eau de surface continue de se réchauffer et devient moins dense que l’eau du dessous qui demeure plus froide. Le vent peut bien continuer de souffler et de brasser l’eau, mais lorsque la température de l’eau de surface est très élevée et qu’il y a une trop grande différence de densité entre les couches supérieures et inférieures, il n’y a plus de brassage.

Les Laurentides

Parmi tous les lacs étudiés, on en trouvait deux des Laurentides. Il s’agit des lacs des Îles et Duhamel. Les deux présentent une tendance à l’augmentation de la production primaire après les années 1960. Ce qui laisse présager que ce constat s’applique à l’ensemble du territoire.

L’info a demandé à Hamid Ghanbari ce que nous, citoyens, devrions, devons prendre comme habitude pour freiner cette tendance. « Les citoyens peuvent encore jouer un rôle important dans la protection des lacs. Des gestes simples, comme utiliser moins d’engrais et éliminer correctement les produits chimiques ménagers, peuvent aider à réduire le ruissellement des nutriments qui alimente la croissance des algues. Il est également essentiel de soutenir la protection des zones humides, des forêts et des rivages naturels, car ces zones agissent comme des filtres naturels pour les écosystèmes lacustres », précise le chercheur.

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