Quand les citoyens unis avancent le projet de sauvegarde de la gare de L’Annonciation en 1986, ce qui va en résulter est aujourd’hui une partie de notre histoire régionale.
Adrien Grégoire, conseiller municipal de L’Annonciation et membre du comité de sauvegarde, fonce tous azimuts pour la sauvegarde.
« À la séance du conseil municipal du 20 janvier, en vertu de l’article 493 du Code municipal, j’ai déposé un avis de motion visant à interdire la démolition de la gare pour une période de 12 mois. Cela nous permettait d’adresser une requête au ministre de la Culture et des Communications dans le but de faire déclarer la gare comme bien culturel », indique-t-il pour L’info.
Apposé une grande affiche avec le slogan « Sauvons notre gare » est l’un des premiers gestes importants de la Société du patrimoine de la Vallée de la Rouge (SPVR). Puis, à la suite d’une rencontre citoyenne, un comité de la gare voit le jour afin d’assurer la survie de la gare.
« Nous avons assuré une couverture régulière des enjeux dans les journaux locaux et nationaux. Nous avons poursuivi notre implication active dans le Mouvement de survie des gares des Laurentides auquel nous nous étions joints en 1985 », remarque M. Grégoire.
Comme l’indique Adrien Grégoire par courriel à L’info, « nous avons profité de la tenue des festivités prévues en juin par le comité historique pour souligner le centenaire de L’Annonciation-Canton Marchand pour obtenir l’autorisation de CP d’utiliser la gare et les terrains adjacents pour une journée. Plusieurs bénévoles et des commerçants ont répondu à l’appel pour rendre la gare utilisable et permettre de lui donner la vocation prévue. »
Rien n’empêche le lendemain au CP de remettre le cadenas à la porte de la gare. Durant les mois qui suivent, le comité multiplie les correspondances et les interventions auprès de CP, mais aussi auprès des organismes, municipalités, députés, médias, etc.
Adrien Grégoire : « En mars 1986, plus formellement en janvier 1987, Richard Lagrange et moi sommes impliqués comme membres fondateurs du premier exécutif de la Corporation des gares des Laurentides. En juin 1987, las de nos interventions, le grand patron de CP pour la région du Québec, R. J. Bell, est venu nous rencontrer à la gare (moi, Richard et Claude Goulet). »
M. Bell pose d’emblée une question : « What do you want? » [« Que voulez-vous?] ». La réponse se veut une proposition qui implique la municipalité de L’Annonciation. À la fin, une entente est conclue, permettant la location à long terme de la gare. « La gare de L’Annonciation était sauvée et nous avions obtenu un moratoire d’un an pour les autres gares de la région conditionnelle à l’implication des municipalités concernées », ajoute M. Grégoire.
Le reste appartient à l’histoire.
Adrien Grégoire a confié ceci lors d’un Café citoyen, il y a quelques mois, au sujet de la sauvegarde de la gare.
« À cette époque, nous passions pour des rêveurs lorsque nous évoquions ce que pourraient devenir ces gares restantes, ces ‘’vieilles bâtisses’’ que l’on disait sans valeur et vouées à la démolition. Il n’était pas évident de convaincre que ce patrimoine et cette emprise de 200 km pourrait atteindre une vocation récréotouristique avec un grand potentiel de retombées économiques, sociales et culturelles pour notre région. Quelle serait l’image aujourd’hui de ce corridor reconnu à l’international et grandement fréquenté, sans cette infrastructure ? Et [le comité] sans avoir eu la vision et la détermination dans nos actions initiales à l’époque pour sauver ce patrimoine ? Avec le regard sur le passé, on se rend compte que la conjugaison de toutes nos petites histoires locales et régionales en fait aujourd’hui une grande Histoire empreinte de fierté pour la région des Laurentides. »